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101 _afre
200 1 _aLa fin du village
_bTexte imprimé
_eune histoire française
_fJean-Pierre Le Goff
210 _a[Paris]
_cGallimard
_dimpr. 2012
215 _a1 vol. (577 p.)
_ccarte, couv. ill.
_d23 cm
300 _aRésultat d'une enquéte de terrain menée de 1983 à 2007
300 _aEn appendice, méthodologie de l'enquéte
300 _aBibliogr. p. 566-567
330 _aCadenet, son église, sa mairie et ses deux mille habitants. Il aurait été assez simple de faire la « sociologie » de ce village provençal en deux cent cinquante pages : tirage au sort d'un huitième de la population adulte, établissement de questionnaires précis, subtil mélange du psychologique et du statistique, quelques emprunts courtois à la géographie et à l'histoire locale, et l'affaire aurait été pliée. Mais ce n'est pas la méthode qu'a retenue Jean-Pierre Le Goff. Ce sociologue, qui s'est toujours intéressé aux airs du temps (la gauche, la modernisation à l'école et dans les ­entreprises, les « illusions du management »), a préféré marauder sur plus de cinq cents pages, offrant ainsi le ­résultat d'une immersion empathique et complice dans un village qu'il fréquente depuis une trentaine d'années. La modernité et les métamorphoses sociales de Cadenet, Jean-Pierre Le Goff les appréhende en discutant avec tous : pompiers, curés, cafetiers, chasseurs, touristes ou « étrangers » — terme qui désigne aussi bien des Marseillais que des Danois qui ont récemment élu domicile dans la commune. Il écoute les récits, les contes et légendes, retient les confidences et les souvenirs. Et le volume ­imposant devient alors la saga vivante d'un lieu de vie et de traditions que Le Goff déroule depuis l'après-guerre jusqu'en 2000. Une étude locale ? Certes, mais aussi représentative des évolutions nationales : Cadenet, écrit Le Goff, est « un phénomène social-historique qui condense les évolutions problématiques de la France d'aujour­d'hui ». Etudier les changements survenus à Cadenet et chez ses habitants, c'est sonder les ­modifications profondes qui ont affecté la France, et proposer un cas pratique de confrontation entre modernisme et traditions, entre un passé regardé parfois avec nostalgie et un présent dont on évalue les apports bénéfiques comme les méfaits. Avant d'étre « le bronze-cul de l'Europe », comme dit joliment un Cadenétien, la Provence avait ses traditions, ses modes et ses travaux. La culture de l'amandier, celle qui faisait que l'on cassait les amandes avec les galets de la Durance, s'est évanouie. La vannerie, activité centrale au début du xxe siècle, a quasiment disparu. Et l'agriculture est en déclin, avec la baisse des surfaces agricoles. Parallèlement, la flambée des prix de l'immobilier et la proximité du TGV modifient la sociologie des habitants. Les chiffres sont précis, les analyses implacables, et les paroles recueil­lies par Le Goff les incarnent ­fortement. Les répliques sont souvent di­gnes des dialogues de Pagnol. Le « Parisien », celui venu « du Nord », pres­que l'équivalent d'un natif des vallées glaciaires norvégiennes, a du mal à se faire adopter par les gens du pays, a fortiori s'il n'est « ni du bar, ni de la terrasse » et s'il ignore combien de temps les cigales restent sous terre. Admirer le paysage ne suffit pas. Le Goff, láchant un sincère « il est beau, ce village », se fait vertement reprendre par un ancien : « Non monsieur, ce n'est pas un beau village, c'est le plus beau village ! » Entre promenades et petit vin partagé, c'est un demi-siècle de Cadenet que Jean-Pierre Le Goff fait défiler, montrant les ruptures qui ont modifié le ­visage et les mentalités de la commune, les confrontations qui l'ont secouée. Le communisme inscrit « dans les gènes » du « village rouge » s'effrite, la télé a tué « l'esprit de village », la connaissance de la guerre a du mal à se transmettre, les anxiolytiques ornent depuis peu les ­linéaires de la pharmacie, l'incrédulité est de mise face aux gens « qui vont au psy », et les sobriquets habillent volontiers les « snobs » de Lourmarin ou les « cultureux » qui offrent des spectacles diversement appréciés. Le temps où la quincaillière vendait des vis à l'unité est bien révolu, et Cadenet, village français baigné de couleurs, espère vivre du tourisme sans perdre son áme. La chaleur humaine se mérite, chacun devra y mettre du sien.
610 _aVie rurale
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